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Solitaire du Figaro 2008

Je veux arriver chaud mais pas cuit

Le 18 juillet 2008Premier bizuth et 14e au classement général en 2007, Nicolas Lunven est de retour sur la Solitaire du Figaro, cette fois à bord de FONCIA. Une « deuxième » que le skipper vannetais de 25 ans aborde avec une certaine sérénité, après une saison très riche en navigations. « Je préfère arriver chaud, qu'arriver trop frais » confie-t-il à la veille de convoyer son Figaro Bénéteau 2 vers La Rochelle, ville de départ de cette 39e édition. Rendez-vous sur la ligne le 25 juillet prochain pour 1880 milles de course, sous les regards avisés de ses pairs au sein du Team FONCIA : Alain Gautier et Michel Desjoyeaux.

En 2007, Nicolas Lunven, jeune coureur issu de la régate en équipage, avait fait sensation. Aux Sables d'Olonne, le soir où il fêtait sa troisième victoire historique dans la Solitaire, Michel Desjoyeaux n'avait pas manqué de rendre hommage à ce débutant prometteur, premier bizuth de la 38e édition. Fait du hasard ou celui du destin, Nicolas se retrouve cette année aux commandes de FONCIA, après le forfait d'Alain Gautier, occupé par ses nouveaux engagements auprès d'Alinghi en vue de la prochaine Coupe de L'America. Pour cette 39ème édition de la Solitaire, le Team FONCIA s'agrandit avec un passage de témoin entre deux anciens vainqueurs et un jeune skipper en devenir.

« Arriver chaud plutôt qu'arriver frais »

L'écueil de la « deuxième fois », pour tout sportif, est l'exigence de faire mieux que la précédente. « Nico » Lunven avoue lui-même que ce sera difficile. « Plus on avance, plus il est difficile de progresser. Mais cette année, j'ai le sentiment d'avoir beaucoup appris. La météo, la navigation, la gestion de la course, le sommeil, un tas de choses que je ne maîtrisais pas bien l'année dernière... l'idée est de concrétiser tout cela ». Le marin a en effet enchaîné courses et entraînements tout au long de la saison : stages en double à Port La Forêt, Transat AG2R (où il termine 5e avec Jeanne Grégoire sur Banque Populaire), Course des Falaises, Record SNSM et tout récemment, les premières étapes du Tour de France à la Voile. « Je ne suis pas du tout dans une optique où je me dis : avant la Solitaire, il faut que je me repose six mois. J'ai tellement à apprendre ! Il faut que j'accumule les navigations sur tous les supports, avec des gens différents. Je ne veux pas arriver frais sur la Solitaire, je veux arriver chaud... sans pour autant arriver cuit ! »

« Il y a un fossé entre la 14e et la 10e place »

Histoire d'élever de quelques centimètres la barre à atteindre, Nicolas aimerait terminer dans les dix premiers. « Mais ce chiffre me fait peur. Ce ne sera vraiment pas simple. L'année dernière, il me semble qu'il y avait un fossé entre la 14e et 10e place. Aujourd'hui, sur les 51 inscrits, 20 concurrents peuvent gagner. Je pense notamment à Fred Duthil et à Gildas Morvan, qui sont aussi des amis ». Comme chaque année, la liste de départ est intimidante. Mais Nicolas est plutôt du style décomplexé, sans toutefois pécher par excès de confiance. « Je me dis qu'il faut que je navigue à ma façon, que je suive mon propre fil conducteur pendant la course, sans me préoccuper des uns et des autres. C'est comme cela que je me fais le plus plaisir, même si je commets des erreurs. Il ne faut pas trop que je cogite, ni que je me mette la pression, ça ne marche pas avec moi. En ce qui concerne la course, j'ai moins d'appréhension que l'année dernière, même si j'ai moins d'expérience que la jeune génération à laquelle j'appartiens comme Christopher Pratt, Eric Péron, Ronan Treussart ou Thomas Rouxel. Mais ce manque d'expérience est aussi, parfois, une chance. Mon approche de la course est peut-être moins formatée. »

« Ça ira », tel pourrait être l'adage de ce jeune marin qui refuse de s'inquiéter et préfère vivre pleinement le moment présent. « J'aime être seul sur un bateau et j'aime la voile au sens large du terme, être sur l'eau tout simplement ». C'est peut-être là le secret de la performance : du bien-être avant toute chose. Le 14 août à l'Aber Wrac'h, nous saurons si cette deuxième Solitaire du Figaro aura été pour Nicolas une partie de plaisir...

Alain Gautier (Team FONCIA) : « Le talent du garçon n'est pas à prouver même s'il a encore des choses à apprendre » Vainqueur de la Solitaire en 1989, Alain Gautier a également remporté 9 étapes en 15 participations et n'a vu l'édition 2003 lui échapper que de 13 petites secondes. Cette année, c'est lui qui devait porter les couleurs du Team FONCIA. Il est à l'origine du choix de Nicolas Lunven pour le remplacer sur cette édition. « Quand j'ai su, un mois et demi avant la course, que je ne pourrais pas y participer, une des solutions, plutôt que de désengager FONCIA, était de trouver un jeune et talentueux skipper sans sponsor. Or, il n'y en avait pas 36. Nico, je le connais un peu, nous sommes de la même région, son père a été concurrent de mon frère sur la course de l'Aurore. En 2007, il a réalisé une très belle course dans des conditions difficiles. Le talent du garçon n'est plus à prouver. Et même s'il a encore du travail, je ne suis pas inquiet pour lui ! »

Michel Desjoyeaux (Team FONCIA) : « Surtout, qu'il ne change rien » Triple vainqueur de la Solitaire en 1992, 1998 et 2007, Michel Desjoyeaux assurera les analyses météo de la première et la deuxième étape de la Solitaire 2008, pour les membres du Centre d'Entraînement de Port La Forêt. Son avis sur Nicolas Lunven : « Comme on dit, c'est un petit gars qui en veut ! Il est perspicace sans être grande gueule. Il est bien dans ce qu'il fait et le fait sérieusement sans se prendre la tête. Il est serein, passionné. Si j'avais un conseil à lui donner ? Qu'il ne change rien et surtout, qu'il ne se mette pas la pression parce qu'il est aujourd'hui dans la même boutique que Gautier et Desjoyeaux ! »